Imprimer Imprimer

Envoyer à un ami Envoyer
à un ami

« Il n’y a pas eu de solidarité des États » : Paul Fourier, dirigeant confédéral de la CGT, conduit la délégation qui participe 
aujourd’hui à la manifestation d’Athènes pour témoigner du soutien des salariés français.

Entretien de Paul FOURIER avec Olivier Mayer du journal l’Humanité

Paul Fourier, dirigeant confédéral de la CGT, conduit la délégation qui participe 
aujourd’hui à la manifestation d’Athènes pour témoigner du soutien des salariés français.

Vous vous envolez pour Athènes à la tête d’une délégation de la CGT. Porteur de quel message  ?

Paul Fourier. D’abord que les organisations syndicales françaises et singulièrement la CGT sont solidaires du peuple grec. Nous voulons apporter un soutien mais également donner notre avis sur ce qui s’est passé, le rôle de l’Union européenne ou des agences de notation.

Il ne fallait pas voter le plan d’aide à la Grèce  ?

Paul Fourier. Il fallait trouver de l’argent pour les Grecs mais il fallait absolument éviter que des pays fassent des bénéfices en empruntant sur les marchés à des taux inférieurs aux prêts qu’ils accordent à la Grèce. Il n’y a pas eu de réelle solidarité des États mais une discussion de marchands de tapis où les égoïsmes nationaux se sont exprimés. La zone européenne qu’on a construite, où les pays et les peuples devaient être solidaires, n’est qu’une zone de libre-échange libérale.

Et que dire des sacrifices demandés au peuple grec  ?

Paul Fourier. Que les remèdes risquent fort d’être pires que le mal  ! On s’attaque au pouvoir d’achat des salariés, des retraités, des familles. La consommation intérieure va en pâtir et le pays va entrer dans un cycle qui sera producteur de chômage, de décroissance et de pauvreté. Ça risque d’exploser une seconde fois au nez de l’Union européenne.

Bernard Thibault dénonce la pression des agences de notation à propos de la réforme des retraites. Y a-t-il analogie avec la Grèce  ?

Paul Fourier. Oui, nous pensons à la CGT que la précipitation avec laquelle le gouvernement mène la réforme des retraites ne correspond à aucune urgence (le régime des retraites ne va pas s’effondrer demain matin) mais qu’elle est imputable à la crainte de voir la note de la France se dégrader du fait des déficits publics. Ça montre le peu d’indépendance des pays de la zone européenne et la toute-puissance d’institutions privées telles que ces agences.

François Fillon explique qu’on ne peut pas faire l’euro avec des pays où l’âge de la retraite c’est soixante ans et d’autres où c’est soixante-sept ans.

Paul Fourier. Je trouve ça assez gonflé de sa part. Depuis des années, les organisations syndicales en Europe se battent pour l’harmonisation sociale et fiscale. Pour des mesures régressives on veut l’uniformisation, mais aucune harmonisation par le haut pour lutter contre le dumping social.

Comment les salariés français peuvent-ils se montrer solidaires des salariés grecs  ?

Paul Fourier. C’est une bonne chose que les syndicats français comme la CGT soient aujourd’hui à Athènes. La Confédération syndicale européenne y sera aussi, avec son secrétaire général, John Monks. Il faut montrer que c’est dans tous les pays européens qu’on s’attaque aux retraites, aux salaires, aux dépenses publiques.

Entretien réalisé par Olivier Mayer du journal l’Humanité

Site propulsé par Spip