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Joseph Niemiec, secrétaire général adjoint de la CES. « Sarkozy s’est aligné sur les positions de Merkel »

Dans une interview à l’Humanité, le secrétaire génréal adjoint de la Confédération européenne des syndicats dénonce les dangers de l’austérité.

Entretien réalisé par Clotilde Mathieu

Quelle est votre réaction face à ce nouvel épisode de la crise européenne ?

Joseph Niemiec. Cet épisode n’a rien de surprenant, ni même d’étonnant. Dès le début de la crise, nous savions que, même si les gouvernements ont calmé un peu la situation en aidant le secteur financier, la crise allait se poursuivre. L’austérité comme solution à la pression des marchés, ce n’est pas seulement mauvais pour les gens, c’est mauvais pour l’économie. C’est même le mécanisme qui est à l’origine de la crise aujourd’hui et qui risque de nous faire replonger dans une nouvelle crise.

Angela Merkel et Nicolas Sarkozy, lors de leur rencontre, ont annoncé de nouvelles mesures pour calmer les marchés, et notamment de voir dans chaque pays l’instauration d’une « règle d’or ». Cette réponse vous paraît-elle appropriée ?

Joseph Niemiec. Nicolas Sarkozy s’est finalement aligné sur la vision d’Angela Merkel, avec deux approches contracycliques. Le refus de la solidarité avec le rejet des euro-obligations et l’austérité à tout prix avec la « règle d’or ». Il y a des pays où cette règle existe dans la Constitution et cela n’a pas changé le problème. Ce n’est pas une solution à la crise. C’est pourquoi depuis le début nous avons réagi de manière très ferme en organisant des euromanifs contre l’austérité. La priorité est de trouver des moyens aux états pour investir dans la création d’emplois, dans la formation, pour défendre l’industrie européenne, à un coût acceptable pour la population, sans pénaliser ceux qui sont dans la difficulté.

La création d’euro-obligations fait partie de vos principales propositions vers une sortie de crise. Pourquoi ?

Joseph Niemiec. Les états ont besoin de financer leur fonctionnement essentiel : leurs dépenses de santé, d’éducation, de transports. Lorsqu’un pays se retrouve comme la Grèce à payer des intérêts d’emprunt de plus de 10 %, cela devient totalement insoutenable. Dans cette situation très fragile, il faut une mesure de solidarité européenne qui permette aux pays de se financer quelles que soient leurs réalités économiques. Grâce à cette facilité, les pays pourront financer et développer l’investissement pour aller vers une croissance durable, à condition que cette mesure en appelle d’autres.

Lesquelles ?

Joseph Niemiec. Il y a besoin de trouver d’autres sources de financement pour soutenir la relance et défendre le modèle social européen. La taxation sur les transactions financières est l’une d’entre elles. Cette taxe a deux avantages. D’un côté, elle permet de dégager de nouvelles ressources pour financer l’investissement. De l’autre, elle freine la spéculation. Un autre chantier serait celui de l’évasion fiscale en luttant contre les paradis fiscaux. Il y a un véritable travail à enclencher afin d’organiser à l’échelle de l’Union européenne une harmonisation fiscale. La régulation du secteur financier et des agences de notation est un des points sur lesquels l’Europe doit déboucher. Même si tout le monde en voit l’utilité aujourd’hui, de grosses difficultés à trouver des instruments adéquats et à les mettre en œuvre persistent.

Quel est le sentiment des salariés face à cette crise et aux réponses apportées ?

Joseph Niemiec. Il y a avant tout un sentiment d’injustice. Alors qu’ils n’étaient pas à l’origine de la crise, ce sont les salariés qui, au travers des pertes d’emplois, des baisses de salaires, des craintes quant à l’avenir de leur pension, en paient les frais. Malgré ce qu’on a voulu nous faire croire, c’est bel et bien le secteur financier, la spéculation et le manque de régulation qui nous ont entraînés dans la crise et à gonfler les déficits publics. Plutôt que d’être résignés, je vois une opposition très ferme des salariés, et pas uniquement en Grèce. Dans d’autres pays, la mobilisation sociale est importante. En Europe centrale, il y a eu une série de mobilisations qui ne s’est toujours pas arrêtée. En Roumanie, en Hongrie, en Slovaquie, les salariés ont manifesté contre les mesures d’austérité mais aussi contre les attaques du système social avec, par exemple, le système de négociation collective. Il y a une opposition parce que les travailleurs pourraient nous reprocher de rester trop timides au moment où il faut exprimer clairement ces opinions pour éviter le pire. L’organisation d’une nouvelle euromanifestation, cette fois-ci à Wroclaw, en Pologne, le 17 septembre, à l’occasion de la rencontre des ministres des Finances européens, va dans ce sens.

Publié le 23 août 2011

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